EXCELLENTS VOISINS, ÇA SE FÊTE !

La fête des voisins a été initiée en 1999 à Paris mais ne s’est développée à travers la France que plus tardivement.
En juin 2001, cette mode n’était pas encore arrivée au sud. Laurent et moi, à la veille de notre traversée atlantique avec Lune de Miel l’avons initiée sans le savoir, au fond de notre allée. Une super soirée de voisinage pour fêter notre départ et toutes les aventures qui nous étaient promises à bord de Lune de Miel. Une soirée fantastique qui s’est prolongée tard dans la nuit avec le bain obligé de minuit dans la piscine de nos voisins. Un bain qui n’a pas refroidi l’enthousiasme de nos invités joyeux buveurs et sympathiques hédonistes.
Au retour de notre virée en Atlantique, ce beau partage avait été promu fête nationale… Quelle étonnante coïncidence n’est-ce pas ?
Mais nous n’avons plus partagé ce moment avec nos voisins, fin mai. c’est le moment où nous partons en vadrouille avant le fol encombrement de la période estivale. Nous sommes donc hors les murs de Velaux.
Sauf que nous voilà en 2026 et nos vagabondages ont été ajournés.
- Dis Laurent, ce serait sympa si on faisait la fête des voisins au fond de notre allée , comme en 2001.
- Oui mais juste l'allée, si on est trop nombreux on ne rencontre personne... juste on se croise, ou bien on reste scotché aux rares personnes qui nous sont familières.
- T'exagères, c'est pas obligé que ça se passe comme ça.
Je réfléchis à une expérience de ce style dans un autre contexte. Et je corrige le tir,
- t'as raison, je vais faire le tour des popotes, et puis on verra bien.
Et bien entendu, nos merveilleux voisins sont ravis. Nous allons donc honorer dignement l’art d’un excellent voisinage. Table de parade, chaises et vaisselles, chacun sort de son portillon les bras chargés pour faire de notre bout de rue, un espace coloré, accueillant et surtout festif.
Maisons de droite, de gauche, du dessous, du bout de la rue… Que du beau monde autour de la table. Les saveurs se sont dispersées dans nos gosiers gourmands et enchantés. De l’apéritif à la ronde de vins généreux, nous avons dégusté (si, si si et avec bonheur !), nous avons ripaillé ; salades exotiques, pizzas fumantes et odorantes, tortilla pour l’heure espagnole. Une délicate crème au citron et une tarte rhubarbe géante ont eu raison de notre gourmandise. Mais nous n’avons pas fait que manger et boire. Ce qui est déjà un intense programme de soirée. Nous avons aussi pris le temps de déblatérer, de discutailler, mais surtout jamais dans le sérieux… Nous avons voyagé à travers les expériences et la vie de chacune et de chacun. Nous avons évoqué en rigolant d’autres moments partagés, dans l’ancien temps… oh là, là, c’était il y a si longtemps que ça…
A 22h50 la lampe de la rue s’est éteinte. Une bougie de secours posée sur la table, chiche lueur. On improvise des sources de lumière, nous entrons dans une phase plus secrète de la soirée. C’est vrai en clair-obscur les visages, les silhouettes, les sourires prennent une autre dimension… On aurait peut-être dû chuchoter, mais on était si bien tous ensemble, notre mode bonne humeur, n’a pas faibli d’un quart de ton. Nous avons bien rigolé aux évocations de notre chroniqueur locale qui connaît si bien le quartier et ses habitants. J’ai pris conscience en l’écoutant que chacun de nous vue de la fenêtre du voisin prête à sourire sans méchanceté aucune. Nous mettons ainsi sans le vouloir, notre quartier en joie. J’aime bien l’idée.
Le plus épatant c’est que tard dans la nuit, quand nous avons décidé de rapatrier notre restaurant de rue, chacune, chacun s’est mobilisé. En bien peu de temps, la rue avait retrouvé son aspect banal de macadam sombre et sans âme. Juste quelques mégots oubliés par terre témoignaient qu’il s’était passé là quelque chose d’important.
Plus tard, une fois le calme revenu, je suis retournée dans la nuit sereine, la lune au dessus du pin s’était voilée, le ciel s’était couvert, avait éteint toutes ses lumières. Je me suis assise sur le bord du mur, face au vide tout neuf de notre espace, heureux moment de méditation. Avec ravissement, je retrouvais la voix grave de l’un, le rire aigu de l’autre, la voix rauque de qui fume, la voix grave d’une autre, un accent qui chante l’Espagne, un autre qui évoque la Corse, et puis par instant l’accent si familier du Nord Est de la France, mon cher et tendre ami, Laurent.
Et même la lune, arrondie sous son voile de brume..., souriait.